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Les distances d’approche des dauphins

les 4 distances fondamentales en éthologie

respecter des distances dans l’approche des dauphins & autres cétacés

Les distances entre individus, au sein du groupe et inter-espèces participent en effet au système de communication et portent des informations sur les intentions d’autrui.

Heini Hediger, un zoologiste suisse (1908-1992), a pu observer chez l’animal quatre types de distances que l’individu marque entre lui et l’autre dans ses relations.

  • Distance de fuite,
  • Distance critique,
  • Distance sociale,
  • Distance personnelle.

la distance de fuite

 

C’est une distance de sécurité et toute intrusion au-delà de cette limite entraînera systématiquement un déplacement voire une fuite de l’animal. Cette distance peut varier en fonction de la capacité de l’animal à se dissimuler ou non, des possibilités de fuite offertes ou non par l’environnement etc.

L’impact de cette distance de fuite est donc clé pour l’observation des mammifères marins (et de tous les animaux). Approchez trop près et ils s’enfuient. Néanmoins une bonne partie des animaux donnent des signes avant-coureurs lorsque l’on est sur le point de la franchir. Prenons l’exemple d’une girafe. Même si elle est train de se nourrir tranquillement sans se préoccuper de votre présence, à l’approche de la limite, celle-ci va automatiquement relever la tête et devenir attentive à ce que vous allez faire. Si vous restez sur place, la girafe va probablement rester en état de vigilance ou s’éloigner. Si vous reculez un peu et maintenez la distance, elle reprendra ses activités.

Aussi pour pouvoir approcher et observer les mammifères marins, il faut donc respecter une certaine distance propre à chaque espèce et variable selon le contexte (et aussi selon les individus). D’où l’importance d’approcher tout doucement en observant la réaction des animaux. Et au moindre signe de début de changement de comportement de l’animal, reculer est crucial.

Pourquoi ? Parce que sinon vous risquez de les forcer à rester en vigilance à votre égard et/ou à arrêter leur activité (sommeil, reproduction, soin des petits, alimentation ou autre etc.). Il a été démontré que la présence humaine peut diminuer le temps alloué à s’alimenter ou à se reposer en échange d’une vigilance accrue (Duchesne, Côté et Barrette, 2000). La vigilance et la fuite sont des réponses fréquemment observées et utilisées pour mesurer les perturbations anthropiques, c’est-à-dire dues aux humains (Frid et Dili, 2002 ; Taylor et Knight, 2003 ; Peters et Otis, 2006). Ces distances sont désormais utilisées à des fins de conservation afin de mettre en place des distances minimales vis-à-vis de certains animaux sauvages (Rodgers et Smith, 1995). Des chartes d’approche et/ou de nage avec les mammifères marins indiquant une distance minimale à respecter à leur égard ont ainsi été instaurées dans de nombreux pays pour protéger les cétacés. Envers les baleines à bosse ou autres grands cétacés, ces chartes définissent en général une distance minimale de 100 mètres entre eux et les bateaux et de 30 ou 50 mètres, selon les pays, pour les dauphins.

Aussi pour préserver la bonne santé des animaux et assurer leur préservation est-il nécessaire d’ajuster ses distances par rapport aux dauphins, baleines ou autres mammifères marins observés (en bateau comme à la nage). Et ces distances doivent être ajustées en fonction de l’état de vulnérabilité des animaux et de l’activité à laquelle ils s’adonnent (espèces menacées ou autre, présence de petits, sommeil, etc.). C’est pourquoi le meilleur moment pour nager avec les dauphins est lorsqu’ils sont en phase de socialisation.

Prendre le temps d’observer leur comportement avant d’approcher permet d’identifier leur activité et ainsi de définir s’il est opportun, ou non, d’approcher plus avant et/ou de tenter une mise à l’eau. Lorsque les dauphins nagent en formation à la surface, très proches les uns des autres, à un rythme homogène, constant et lent, souvent selon une trajectoire qui forme un grand cercle à l’intérieur d’une même zone, c’est qu’ils sont en train de dormir. Si au contraire, vous observez un banc de dauphins qui semble faire plus ou moins du surplace, au sein duquel les individus nagent en tous sens avec de nombreuses interactions entre eux et des sauts ici et là, il y a de grandes chances qu’ils soient en train de socialiser.

La distance critique (défense inter-espèces)

 

C’est la distance limite à partir de laquelle un animal se sent obligé d’exercer une stratégie de défense ultime face à l’approche d’un individu d’une autre espèce. A cette distance critique, la simple fuite n’est souvent plus possible. L’animal se trouve généralement acculé et à la portée de son éventuel agresseur. L’animal se sent alors forcé d’attaquer ou de tenter n’importe quoi pour échapper à la situation.

Notez que c’est le fait de franchir cette limite qui déclenche cette réaction, et ce, quelque soit l’intention de l’intrus d’une autre espèce (agressive ou pacifique).

Dans le cas des mammifères marins, cette notion est très importante. Et c’est pourquoi nous conseillons et insistons dans nos chartes sur le fait de ne :

  • Jamais encercler les mammifères marins avec des bateaux, ou à la nage
  • Pas positionner un ou plusieurs bateaux entre un groupe de mammifères marins et un obstacle (barrière de corail, récif, ponton etc.) et de toujours leur laisser le champ libre vers une sortie (cas d’une baie en fer à cheval, d’un récif en U etc.).

Si les mammifères marins se sentent acculés, coincés ou piégés, ils peuvent tenter de dégager par une réaction extrême. Le cas échéant, en plus de générer un immense stress complètement inutile pour l’animal, celle-ci peut être dangereuse tant pour lui que pour le bateau et ses passagers et/ou pour les nageurs.

Il m’est arrivé d’observer de phénomène mes propres yeux. Un banc de dauphins qui s’était retrouvé acculé par deux bateaux contre le fond d’une baie a eu une réaction de panique. Tous les dauphins se sont en un instant dispersés à grande vitesse, sous, entre et autour des bateaux pour fuir. Mais, dans la panique, l’un d’entre eux a tenté un saut par-dessus l’un des zodiacs. Heureusement, il l’a réussi (même si c’était juste). S’il l’avait raté, l’issue aurait pu être fatale ou dramatique pour les passagers comme pour le dauphin. Les guides et passagers de ces bateaux touristiques étaient tous ravis d’un tel spectacle, complètement inconscients du danger qu’ils avaient provoqué. Vous comprendrez donc qu’il est important de ne pas prendre à la légère le choix d’un prestataire pour aller à la rencontre des mammifères marins (même pour une simple excursion). Si nous voulons préserver ces espèces, il tient à chacun de nous de s’assurer que le tourisme ne devienne pas une menace supplémentaire pour eux.

La Distance sociale (groupe)

La Distance sociale (intra-groupe)

 

C’est la distance maximale à ne pas dépasser entre les individus d’un groupe pour qu’un groupe social s’établisse et se maintienne. Au-delà, l’individu perd le contact avec son groupe, il se trouve alors en situation d’anxiété voire de détresse psychologique.

Cette distance est donc d’autant plus critique pour les petits (ou les femelles avec leurs petits) qui sont extrêmement vulnérables et en grand danger s’ils sont séparés de leur mère et/ou du groupe.

Il est donc évident que pourchasser, harceler et rabattre des dauphins en vue de pouvoir les observer ou de nager avec est la pire des choses à faire. Les dauphins vont automatiquement là encore être obligés de fuir et, pour ce faire, de se disperser en tous sens.

Mais si il y a dans le groupe des femelles avec des tout-petits, celles-ci risquent de se laisser rabattre par les bateaux avec les petits. Que ce soit par ce qu’elles estiment que les petits n’ont pas encore assez la force ou la rapidité nécessaire pour une telle fuite, par ce qu’elles estiment que de tenter cette fuite pourrait être trop dangereux pour eux et/ou pour éviter toute séparation etc).

J’ai déjà eu l’occasion d’observer ce phénomène. Si des femelles ayant des petits sont séparées du groupe, elles ne bénéficient plus de la protection du groupe. Elles sont alors extrêmement vulnérables face aux prédateurs par exemple. Et si un petit perd le contact avec sa mère ou le groupe, c’est encore pire. C’est donc leur survie directe qui est en jeu. Voilà pourquoi nous devons redoubler de précaution et ne pas faire n’importe quoi. Ajoutons qu’un bateau ne doit pas non plus traverser un banc de dauphins ou d’autres mammifères marins, ni leur couper la route. En plus du danger de blessure lié aux hélices, cela va aussi générer un stress négatif et les forcer à se disperser.

Note : si c’est le choix des dauphins que de venir nager autour d’un bateau qui est en train de naviguer, c’est alors très différent et dans ce cas tout à fait ok. Le cas échéant, il faut juste éviter tout virage brusque (privilégier de longues courbes) et tout changement brusque de vitesse, pour s’assurer que les dauphins ne se heurtent pas aux hélices du moteur.

Distance personnelle (autour d’un individu)

 

Cette espace minimal tout autour d’un individu est aussi appelé bulle, bulle protectrice ou bulle personnelle. Toute intrusion dans cette “bulle personnelle” est a priori perçue par l’animal comme une agression. Face a cette une “sensation d’agression”, l’animal va exprimer soit des comportements de gêne, d’évitement, de fuite ou de menace, ou même d’attaque etc.

Lorsque que des mammifères marins vous laissent approcher à la nage, cette notion devient alors très importante pour pouvoir interagir avec eux. Si vous approchez trop près et que vous entrez dans leur bulle personnelle, ils vont soit s’écarter, soit vous signifier de vous écarter, ils peuvent aussi vous repousser ou partir à bonne distance.

Il est déjà arrivé que des baleines accompagnées de leurs baleineaux repoussent vivement des nageurs avec leurs nageoires. Le non-respect de cette bulle met toujours automatiquement fin à une interaction avec les mammifères marins.

Notez que, même si une distance personnelle est valable pour toute une espèce animale, son volume n’est pas figé et varie en fonction de nombreux paramètres (degré d’intimité avec l’individu, type d’interaction (reproduction, épouillage, jeux etc.), situation (avec un petit, animal blessé ou en stress), environnement, tempérament de l’individu etc.)

Aussi pour être sûr de respecter la distance personnelle des mammifères marins, le plus simple est de ne pas les approcher de trop près mais de les laisser venir à vous. Ils peuvent ainsi eux-mêmes ajuster la distance en fonction ce qui leur convient. Procéder ainsi est d’ailleurs la meilleure manière de pouvoir vivre une belle interaction avec eux.

Prenons chez l’humain l’exemple des personnes qui viennent littéralement se coller à votre visage pour vous parler. C’est insupportable n’est-ce pas ? Cela met mal à l’aise et déclenche une sensation d’intrusion. Nous cherchons alors automatiquement à rétablir une certaine distance avec l’autre, quitte à abréger la conversation si nécessaire. C’est le même principe. Et lorsqu’un inconnu marche trop près de vous dans la rue (qu’il soit à côté, derrière ou devant) ou que quelqu’un vous “colle” dans le métro ou le bus, vous allez là aussi vous écarter. En revanche, si la personne qui marche prés de vous est un ami, dans ce cas, aucun problème. Tout dépend donc de qui est l’autre pour vous, du contexte etc., comme c’est le cas pour les animaux.

Enfin, toucher l’autre, c’est d’une part entrer dans sa bulle personnelle mais aussi réduire la distance inter-individu à zéro. Tenter de toucher un animal sauvage n’a donc rien d’anodin et ne peut se faire que dans un cadre relationnel et contextuel bien précis. Dans tous les autres cas, une tentative de contact physique ‘forcée’ de notre part va stresser les animaux, les faire fuir ou peut s’avérer dangereuse. Sans compter que l’on peut aussi leur transmettre des maladies par un contact physique. Il est donc fortement déconseillé de tenter de toucher tous les mammifères marins en général.

Si contact il y a lors d’une interaction pour le plaisir avec des cétacés, et cela peut arriver de temps en temps, ce doit être par ce que l’animal vient de lui-même au contact.

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